mercredi 23 août 2017

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill

Lu en : V.F.
Traduction : Matilde Bach
Résumé : Scandale aux États-Unis : le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, a été agressé en public. Son assaillante est une femme d'âge mûr : Faye Andresen-Anderson. Les médias s’emparent de son histoire et la surnomment Calamity Packer. Seul Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, passe à côté du fait divers, tout occupé qu’il est à jouer en ligne au Monde d'Elfscape. Pourtant, Calamity Packer n’est autre que sa mère, qui l’a abandonné à l’âge de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui avait versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en justice. En désespoir de cause, le jeune homme lui propose un nouveau projet : un livre révélation sur sa mère qui la réduira en miettes. Samuel ne sait presque rien d’elle ; il se lance donc dans la reconstitution minutieuse de sa vie, qui dévoilera bien des surprises et réveillera son lot de fantômes.


Je remercie les éditions Gallimard pour cette lecture !


Chronique : Voici un premier roman qui sera assurément une de mes meilleures lectures de la rentrée littéraire!
 
Les fantômes du vieux pays fait partie de ces pavés littéraires qui se lisent d'une seule traite sans que l'on puisse voir les pages défiler. Nathan Hill a un talent extraordinaire pour mêler les époques et les points de vue narratifs sans que jamais le lecteur soit perdu; il a un contrôle absolu de l'ensemble de l'intrigue jusqu'au grand final. Ce roman est à la fois le portrait critique de l'Amérique via l'accentuation, la démonstration des travers de la société capitaliste et consumériste; l'intrigue entremêlée du destin de différents personnages fascinants et un livre empreint de leçons de vie essentielles.

Le lecteur va être plongé au cœur des enjeux de la société moderne américaine, de son Histoire qui mène inexorablement à aujourd'hui. J'ai été fascinée par la capacité de l'écrivain à nous présenter tant de protagonistes, tant d'intrigues personnelles tout en gardant son fil conducteur. J'ai appris à aimer Samuel, ce professeur désabusé et écrivain raté; Faye cette mère si mystérieuse; Bethany et Bishop, ses jumeaux si importants dans la vie du héros; Pwnage le geek émouvant. 

En plus de cette empathie immédiate pour ces différents personnages, le récit est absolument addictif et nous permet de suivre des événements historiques majeurs. L'auteur sait manier le drame mais aussi l'humour via des moments hilarants au travers de la description parfaite des clichés de notre temps. C'est une vraie pépite !

En définitive, un premier roman excellent, Nathan Hill est un auteur à suivre !



mardi 22 août 2017

Grand Prix des Lectrices ELLE 2018 - Jury Septembre : les romans


Je compte très prochainement faire une vidéo (voire plusieurs) sur mon expérience au sein du jury du GPL ELLE 2018, en attendant, voici mon avis sur les 3 romans qui étaient en lice dans la sélection de septembre.


Résumé : « Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j’essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C’est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. »
Ces mots sont parmi les premiers du nouveau roman de Marie Darrieussecq (roman qui s’est imposé à elle alors qu’elle travaillait sur un autre projet et qu’elle a écrit d’une seule traite, comme poussée par une nécessité impérieuse). De ce roman, ils indiquent la tonalité et le mode narratif. C’est un roman à la première personne, où l’héroïne découvre au fur et à mesure qu’elle la raconte toutes les causes et les conséquences de son histoire. Nous sommes donc dans une forêt (« nous » car la manière dont le livre est écrit impose une identification du lecteur). Le personnage principal, une femme qui fut autrefois psychothérapeute, s’y cache avec d’autres. D’autres ? Des compagnons de fuite, loin d’un monde qu’on devine menaçant pour eux et qui les traque. Mais aussi avec des êtres étranges, comme flottants, mais qui leur ressemblent de manière frappante, des sosies ? Leurs clones, en fait qu’ils ont emmenés avec eux dans leur fuite.

Chronique : Je découvre enfin la plume de Marie Darrieussecq et je suis heureuse de cette belle lecture. Notre vie dans les forêts est une dystopie intéressante car elle instaure des questionnements existentiels contemporains et amène le lecteur à s'impliquer personnellement dans le récit. 

L'angle narratif de la romancière est très bien pensé puisque a contrario des romans du genre ce n'est pas l'action, la révolution face à un ordre établi qui est mis en avant mais bien les introspections personnelles, les réflexions, les émotions du personnage principal.

J'ai trouvé le style vif et original, j'ai aimé cette héroïne du fait de sa sensibilité, de son intelligence. Je me suis attachée à elle et j'ai tout particulièrement été émue par la fin du roman qui est tout simplement sublime.
Si le coup de cœur n'est pas là cela repose principalement sur le fait que la thématique de ce roman a déjà été traité auparavant dans d'autres livres mais cela n'empêche pas un grand plaisir de lecture.













Résumé : Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image  : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs  ?Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
Comment vit-on avec les fantômes  ? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.


Chronique

J'avais eu l'occasion de lire Crans-Montana de cette romancière et malheureusement l'alchimie n'avait pas eu lieu. J'avais donc envie de retenter l'aventure et j'étais d'autant plus heureuse que l'histoire de Summer me paraissait très intéressante.


Malheureusement je suis encore passée à côté de l'univers de cette auteure. Je comptais beaucoup sur le côté policier du fait de la disparition de Summer pour amener un aspect addictif à la lecture, tel ne fût pas le cas puisque Monica Sabolo décide de se focaliser sur les réflexions du frère qui se questionne perpétuellement au point de laisser le lecteur sur la route.


De surcroit, il faut ajouter que le sujet de la disparition sans explication a déjà été traité et de façon -à mes yeux- plus efficace et plus émouvante. J'ai aussi été déçue par la fin qui me semblait beaucoup trop évidente. Cependant j'aime toujours autant l'écriture de cette romancière qui est vraiment unique.


Même si ce livre n'a pas su me convaincre, je suis sûre qu'il plaira à d'autres lecteurs.












Résumé :
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai. 



Chronique

Imaginez-vous le mélange inattendu et magnifique entre Forrest Gump et La Gloire de mon père ? Voici Ma Reine, un premier roman incontournable de la rentrée littéraire.


Il s'agit sûrement de ma plus belle surprise dans la sélection de septembre, une sublime découverte qui instaure une plume et un univers très prometteurs. C'est une histoire qui se déroule en pleine nature, qui englobe le monde alors que toute l'intrigue se place dans une vallée sauvage.


Les thèmes abordés sont forts et poignants : la quête de liberté, la volonté de maturité, l'espoir d'une amitié, d'un amour, d'un avenir. Le récit semble presque irréel du fait de cette rencontre surprenante entre Shell et Viviane, une rencontre inoubliable entre ces deux héros et le lecteur.


Ce roman est celui de l'émotion, de la sincérité, de l'imagination, il dévoile un romancier talentueux qui réussit parfaitement à capter notre attention et notre cœur en quelques mots. Ajoutons à ce merveilleux ensemble une fin parfaite qui restera gravée dans ma mémoire.



lundi 21 août 2017

Sucre noir - Miguel Bonnefoy

Lu en : V.F.
Résumé :  Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.
Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument. 


Je remercie les éditions Rivages pour cette lecture !



Chronique : Je découvre la plume de Miguel Bonnefoy avec Sucre noir, un roman très original au sein de la rentrée littéraire.

Si vous aimez les histoires de trésors et de pirates ce livre est fait pour vous ! L'auteur réussit à dépeindre en à peine 200 pages plusieurs générations d'une même famille dont le destin va être bouleversé par la légende du butin perdu du capitaine Henry Morgan. Miguel Bonnefoy est un grand conteur et le prouve dès le départ en plantant un décor fascinant.

Ce roman est très addictif, le romancier dépeint avec talent une galerie de personnages très intéressants : Severo, un jeune homme obnubilé par le trésor; Serena, une jeune femme en quête d'amour et de passion; Eva Fuego, protagoniste qui suscitera envie et jalousie. Le cadre spatio-temporel est installé afin d'amener une intrigue surprenante avec des rebondissements, de la tragédie et une morale finale.

Le style de l'auteur est très agréable à lire, il réussit à concentrer en peu de mots toutes les pensées et les actes de chaque être qui compose son récit. Il apporte véritablement sa pierre à l'édifice de la littérature portant sur la piraterie tout en y mêlant un drame familial passionnant. A mes yeux ce roman se lit tel un conte philosophique, une légende qui perdure au fil du temps.

En définitive, un roman addictif qui saura plaire aux amoureux d'aventure et de flibusterie !


vendredi 18 août 2017

La beauté des jours - Claudie Gallay

Chronique de Scarlett 
Résumé :Jeanne mène une vie rythmée par la douceur de l’habitude. Elle était jeune quand elle a épousé Rémy, ils ont eu des jumelles, sont heureux ensemble et font des projets raisonnables. Mais Jeanne aime aussi le hasard, les surprises de l’inattendu. L’année du bac, un professeur lui avait fait découvrir l’artiste serbe Marina Abramović. Fascinée par cette femme qui engage son existence dans son travail, Jeanne a toujours gardé une photographie de sa célèbre performance de Naples : comme un porte-bonheur, la promesse qu’il est possible de risquer une part de soi pour vivre autrement. Quand Jeanne s’amuse à suivre tel ou tel inconnu dans la rue ou quand elle calcule le nombre de bougies soufflées depuis son premier anniversaire, c’est à cet esprit audacieux qu’elle pense. Surtout cet été-là. Peut-être parce que, les filles étant parties, la maison paraît vide ? Ou parce que sa meilleure amie, qui s’est fait plaquer, lui rappelle que rien ne dure ? Ou parce qu’elle recroise un homme qu’elle a aimé, adolescente ? Jeanne se révèle plus que jamais songeuse et fantasque, prête à laisser les courants d’air bousculer la quiétude des jours.


Je remercie les éditions Actes Sud pour cette lecture !

Chronique :




« Au début les beaux ont l’avantage, ils gagnent toujours sur les autres. Mais au début seulement, Zoé, parce qu’après, les lignes de force se modifient…L’image, l ‘apparence, ça se contourne et, sur la durée, les chances se répartissent autrement. A force de vouloir ressembler aux autres, on disparaît dans le paysage.»

Claudie Gallay , souvenez-vous ce sont les merveilleux livres « Une part de ciel » et « Les déferlantes » , je dis souvenez-vous parce qu’en moyenne il faut attendre entre trois et quatre années pour pouvoir lire un nouveau roman de cette auteur que j’affectionne particulièrement.

 Ici dans « La beauté des jours » nous allons cheminer avec Jeanne, la quarantaine, épouse de Rémy et mère de jumelles. Jeanne qui aime les habitudes, les choses simples, qui pose un regard heureux sur chaque petit évènement plaisant de sa vie : le train de 18h01 qui passe au fond de son jardin,  les étés à Dunkerque. Mais Jeanne, c’est aussi une grande admiratrice de l’artiste serbe Marina Abramovic, cette artiste qui repousse les limites de son corps et de son esprit et par la même aide le commun des mortels comme Jeanne à se transcender. Et durant cet été chaud dans la région lyonnaise on va sentir frémir en elle un souffle d’énergie qui pourrait être à la fois libérateur et dévastateur, le souffle de cette Jeanne qui sommeille et qui s’éveille en écrivant à Marina Abramovic ou en retrouvant par hasard un  ancien camarade Martin.

On rencontre durant cet été de Jeanne, son mari Rémy, installé solidement dans sa vie, dans son amour sincère et simple pour sa famille. Rémy, qui tous les mardis apporte à son épouse un macaron au gout différent dans un ordre bien précis : les jumelles Chloé et Elsa parties faire leurs études à Lyon. On rencontre les parents de Jeanne, le père taiseux dont le drame existentiel est de ne pas avoir eu de fils, la mère discrète et la m’mé , tous les trois vivant dans la ferme pas très loin de chez Jeanne et qu’elle retrouve tous les dimanche avec Emma une de ses sœurs .Il y a Zoé , la petite nièce si poétique dans sa différence. Et puis l’amie Suzanne qui vient de se faire larguer et qui sous ses dehors bravaches souffre terriblement de cette rupture.

On croise aussi les frères Combe, des jeunes désœuvrés qui squattent dans la rue de Jeanne, Monsieur Nicolas son collègue coincé et sans fantaisie. Et puis Martin, un souvenir de jeunesse avec qui Jeanne aurait pu avoir un possible et qui bouscule ses habitudes et trouble les eaux de cet été paisible.

Ce livre de Claudie Gallay est un roman aux chapitres très courts au rythme tranquille d’un moment de vie. C’est un livre qui parle de transmissions, de choix, des choses simples de la vie, des moins simples aussi, des frémissements et réveils du cœur et du temps qui passe. 

Claudie Gallay a cette extraordinaire capacité à trouver les mots justes, les phrases qui ressemblent à la vie, aux petites choses de notre quotidien, aux grandes émotions aussi, le talent de pouvoir écrire ce qui se ressent.
Ce roman est paisible, émouvant, nostalgique parfois comme « sur la route de Madison »

Et parfois les professeurs élégants rencontrent les dames au chapeau bleu (mais cela il faut lire le livre pour le comprendre)
Merci Madame, pour ce beau moment de lecture.

P.S. : j’aime beaucoup la couverture du livre.

« Elle le sait, il y a les grandes et les petites choses, les grandes modifient profondément nos vies, les petites ne font que les effleurer, mais les petites nous aident à attendre les grandes. Elles nous aident à les atteindre. »